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  • de Schepper, Werner

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«Die Schweigekultur ist vorbei»: ce titre d'un commentaire de la NZZ fait référence à la présumée culture du silence ayant longtemps régné dans le monde médiatique. Avec la révélation de plusieurs affaires menant aux licenciements de cadres dans les journaux alémaniques, les comportements inadaptés sont désormais révélés au grand jour. Deux exemples ayant fait couler beaucoup d'encre au début de l'année 2023 illustrent cela.
Premièrement, le magazine allemand «Der Spiegel» a publié un article dans lequel l'ancienne journaliste de «Magazin» (une publication appartenant à Tamedia) Anuschka Roshani reprochait à son supérieur Finn Canonica de l'avoir harcelée pendant plusieurs années. Dérapages verbaux, dénigrement relatifs à son genre, son origine allemande ou encore ses racines perses. Selon «Der Spiegel», la direction de Tamedia, dont l'éditeur Pietro Supino, aurait été au courant de ces agissements et n'aurait rien entrepris ni à l'encontre de Canonica, ni pour améliorer la culture de travail au sein de l'entreprise, malgré une lettre signée par 78 rédactrices du groupe et adressée à la direction en 2021. Suite à ces révélations, la rédaction en chef de Tamedia a publié une prise de position dans le Tages Anzeiger pour expliquer son point de vue: à l'époque de ces accusations, une enquête avait été menée. Bien qu'une partie des torts reprochés à Canonica ont pu être confirmés, il n'y avait, à l'époque, aucune preuve concernant des faits de harcèlement sexuel ou des discriminations mentionnés par Roshani. Au vu des résultats, la décision a ensuite été prise de se séparer tant de Canonica que de Roshani, avec lesquels une collaboration empreinte de confiance ne semblait plus possible. Cette affaire a fait beaucoup de remous dans la presse. D'un côté, les reproches sur Canonica et sur la culture d'entreprise de Tamedia ont été légion. De l'autre, le manque de preuves tangibles a été mentionné par certains articles, reprochant au magazine «Der Spiegel» de «bricoler un nouveau Weinstein».
La deuxième affaire concernait cette fois le Blick. Son rédacteur en chef, Christian Dorer, a été contraint de prendre une «pause», en raisons d'indications («Hinweise und Meldungen») selon lesquelles il aurait contrevenu au code de conduite de l'entreprise. Le communiqué de presse du groupe Ringier, propriétaire de Blick, mentionne «des reproches de traitement préférentiel d'un certain groupe de collaborateurs et une différenciation trop peu claire entre le privé et le professionnel». Il a entre autres été mentionné que Dorer aimait évoluer dans l'environnement proche des jeunes collaborateurs. Un comportement toléré pendant des années, mais qui n'a plus sa place aujourd'hui dans les entreprises médiatiques, selon l'Aargauer Zeitung. Après s'être excusé «si son comportement a causé des torts sans en avoir l'intention», Dorer a jugé que son absence permettrait de clarifier la situation. Il a finalement été décidé que Dorer ne reprendrait pas ses fonctions, ce qui a conduit à une restructuration de la direction rédactionnelle de Blick. En outre, le rapport qui a été réalisé sur le comportement de Dorer n'a pas été publié, afin de protéger les personnes concernées. Quelques jours avant la mise en retrait de Dorer, Werner de Schepper, le co-rédacteur en chef d'«Interview by Ringier», s'était vu signifier son licenciement. Bien que la cause était officiellement «une conception différente du leadership», l'Aargauer Zeitung a mentionné un comportement inadapté de sa part envers une femme lors d'un événement de l'entreprise, qui aurait suivi d'autres avertissements préalables.
En filigrane de ces affaires s'est posée la question de l'exposition du domaine journalistique aux problèmes de harcèlement et de mobbing. Dans une interview accordée à la NZZ am Sonntag, Kurt W. Zimmermann, observateur de longue date du journalisme suisse, dans lequel il a lui-même été actif, a relevé que la culture d'entreprise très ouverte et peu formalisée des journaux laissait la porte plus ouverte aux abus que dans d'autres domaines. Selon la NZZ, le fait que les journalistes soient les spécialistes pour dénoncer les comportements inadéquats chez les politicien.ne.s ou dans le secteur économique devrait les pousser à dénoncer aussi ce qui se passe dans leur propre milieu. De manière générale, ces licenciements ont traduit un changement de culture dans le monde des médias: ce qui était parfois toléré auparavant ne l'est désormais plus.

Plusieurs rédacteurs en chef écartés dans les médias alémaniques
Dossier: Belästigungsvorwürfe bei den Medien

Le groupe Ringier a été au centre de l’actualité à de nombreuses reprises durant cette année. C’est début avril qu’a éclaté « l’affaire Borer ». Le « Sonntagsblick » a publié un reportage prêtant une liaison extraconjugale à l’ambassadeur de Suisse à Berlin. L’article était accompagné de photos supposées étayer la thèse. Prenant le relais, le « Blick » a accusé l’ambassadeur d’être un menteur dans son édition du 4 avril. Ce qui n’aurait pu être qu’une banale histoire d’adultère présumé a pris une envergure nationale. Concernant le rôle des médias, on s’est interrogé sur la séparation entre la vie privée et la fonction des personnages publics. De plus, les médias se sont peu à peu détachés des faits pour se concentrer sur le mensonge présumé de l’ambassadeur. Il n’était ainsi plus important de savoir si les fait étaient avérés, mais plutôt de savoir si le représentant de la Suisse avait menti en public. C’est enfin le DFAE, bien qu’ayant soutenu son ambassadeur, qui a été critiqué dans sa gestion de la crise (voir également ici). Le conseiller fédéral Deiss a été soupçonné d’avoir laissé la situation se détériorer et ainsi d’avoir joué un double jeu dans cette affaire. Après s’être excusé auprès des lecteurs du Sonntagsblick et du couple Borer, Michael Ringier a admis que des méthodes inacceptables avaient été utilisées par ses journalistes. Il s’agissait notamment du versement d’honoraires à la maîtresse présumée en échange de ses déclarations. Ce mauvais vaudeville a pris fin avec un arrangement extrajudiciaire prévoyant, outre le versement d’un dédommagement au couple Borer, la fin de toutes les procédures pendantes ou annoncées par les parties. Cette affaire n’a pas manqué pas de faire un certain nombre de victimes au sein du groupe. Le rédacteur en chef du Sonntagsblick Mathias Nolte et la principale auteur de l’histoire, la journaliste allemande Alexandra Würzbach se sont retirés. Le quotidien Blick a aussi subi un changement à sa tête avec le remplacement de Jürg Lehmann par Werner de Schepper. De même, la mise en congé de l’éminence grise du groupe, Frank A. Meyer, a été interprétée comme en étant une conséquence. Ce congé payé de six mois devait officiellement lui servir de temps de réflexion. Afin de dresser une liste complète des victimes, il convient de mentionner le départ volontaire du porte-parole Fridolin Luchsinger, après une trentaine d’années de maison, ainsi que celui, moins volontaire, du rédacteur en chef adjoint du Sonntagsblick Ralph Grosse-Bley, un des principaux instigateurs du reportage. Les dégâts d’image importants et les retombées financières négatives sur les ventes et les recettes publicitaires poussèrent la direction à trancher dans le vif.

groupe Ringier « l’affaire Borer » le rôle des médias