Au début de l'année 2024, la presse a publié divers articles qui relatent l’atmosphère nationale. Ainsi, la Suisse serait polarisée, pessimiste et perdrait confiance en l'avenir.
Premièrement, le sondage annuel de gfs.bern sur la confiance que la population suisse a en ses institutions a montré une tendance à la baisse de la confiance accordée aux entreprises. Et, comme le chercheur Michael Hermann le disait pour la NZZ du 13 février ; le «liberale Gemeinsinn der Schweiz hat an Kraft verloren», s'observant dans la volonté d'un Etat social plus fort. L'édition a souligné que les initiatives de la gauche auraient plus de chances en votation que par le passé. Ainsi, une série d'articles de presse a discuté de la relation de la population à l'Etat durant la campagne pour l'initiative instaurant une 13ème rente AVS. Tobias Straumann – Professeur d'histoire économique à l'université de Zurich – a souligné pour la NZZ du 11 janvier qu'il ne pensait pas que le «Staatsverständnis» de la Suisse ait fondamentalement changé, mais que le rapport des Suisses à l'Etat fonctionne par cycles. L'acceptation de l'initiative sur la 13ème rente AVS pourrait marquer un tournant. Pour la NZZ du 15 février, les questions de sécurité sociale sont des bons indicateurs de la confiance accordée à la société, comme elles se basent sur l'idée que ; quand on ne peut plus s'aider soi-même, l'Etat est là pour prendre le relais. Mais, l'opinion de la population peut très vite changer, notamment relativement à la conjoncture économique, selon Tobias Straumann.
Deuxièmement, en Suisse, les compromis ont la vie dure: «Die Polparteien haben gemerkt, dass man mit ein gängigen vermeintlichen Wahrheiten, auf denen man kompromisslos beharrt und die man gebetsmühlenartig wiederholt, Wahlen gewinnen kann» – NZZ 20 juin –, bloquant les réformes en discussion (AVS, UE, neutralité, énergie), d'après Kaspar Villiger dans le Tages Anzeiger du 3 janvier. Aussi, un article publié dans la NZZ du 27 janvier a souligné le danger que représente le militantisme, qu'il soit de gauche ou de droite. L'expert interviewé, Jérôme Endrass, a évoqué une partie du mouvement Woke, dans laquelle, une position différente n'est plus tolérée. Et, une vision radicale combinée avec du militantisme représente, selon lui, un danger ; comme l'idéologie justifie l'usage de la violence. Il a encore dit que les réseaux sociaux facilitent l'expansion de tels mouvements.
Troisièmement, les crises internationales comme l'(Ukraine-Russie, le Proche-Orient, le Covid-19 et l'inflation) affectent non seulement la société mais aussi les individus. Alors que la NZZ du 15 mai écrit que la «plupart d'entre nous» ont la vie «recht gut im Griff» et que 58 pour cent des Suisses seraient plutôt, voire très satisfaits – deux tiers verraient positivement leur propre futur –, d'après le Hoffnungsbarometer de l'Université de Saint-Gall, 85 pour cent des interrogé.e.s voient les 20 ans à venir comme un chemin difficile, de crises et de problèmes pour le monde. De plus, deux personnes sur trois voient une péjoration de la qualité de vie se profiler en Suisse. Aussi, la nouvelle étude sur la sécurité de l'EPFZ montre que le pessimisme augmente en Suisse: 82 pour cent des interrogé.e.s voient le futur du monde plutôt ou très négativement. Et, le Happiness World Record a observé que les jeunes (15-24 ans) en Europe de l'Ouest et aux USA sont de plus en plus malheureux, particulièrement les femmes, qui dès 12 ans se montrent moins heureuses que leurs contemporains masculins.
Finalement, la visibilité des «Staatsverweiger» (négateurs d'État) a augmenté depuis la pandémie de Covid-19, bien qu'un lien de causalité ne puisse être établi. Toutefois, il n'y a pas de statistiques précises sur le nombre de personnes concernées en Suisse. Les estimations se situent entre 300 et 10'000, a précisé le Sonntagszeitung du 28 janvier.
En conclusion, la polarisation des partis est marquée en Suisse au début de l'année 2024 et, des inquiétudes sur la direction que prend la situation internationale ont été soulevées. Cependant, comme l'a spécifié Tobias Ballweg – psychologue et philosophe – dans le Tages Anzeiger du 27 mars, le pessimisme peut aider: il permet de garder pied dans la réalité.