Chevaux du train et mulets. Maintien dans le pays d'un nombre suffisant (MCF 10345)

Deux débats parlementaires ont porté sur l'équipement de l'armée. Alors que l'octroi de subsides pour les véhicules à moteur utilisables par l'armée (MCF 10358) n'a suscité que très peu d'intérêt et a été adopté sans opposition, l'arrêté fédéral pour le maintien d'un nombre suffisant de chevaux du train et de mulets aptes au service (MCF 10345) n'a pas été sans soulever certaines objections présentées principalement par l'Alliance des indépendants qui a estimé ce moyen de transport dépassé et a plaidé pour son abolition pure et simple. Le fait que ce soient les défenseurs du cheval en général qui aient appuyé le projet a fait dire qu'il ne s'agissait là que d'un combat d'avant-garde autour du problème de la cavalerie, laquelle serait prochainement supprimée comme dénuée; dit-on, de valeur combattante.

Modification de l'organisation des troupes (MCF 11214)

Dossier: Änderungen der Truppenordnung der Armee

Assuré dans le train, l'avenir du cheval ne l'est plus dans la cavalerie. Réduite à 30 escadrons en 1948, puis à 18 en 1961, elle est appelée à disparaître dans un très proche avenir. Ce qui a été considéré par de larges couches de la population comme une brutale mise à mort résulte des décisions prises par les instances fédérales en 1972. La vive résistance rencontrée explique les tergiversations qui en ont cependant jalonné le processus. En mars, le gouvernement préconisait la suppression de la troupe montée pour combler les effectifs des formations blindées, devenus insuffisants par l'introduction du char 68. Le choix des troupes de dragons était justifié par la faiblesse de leur puissance de feu et de combat ainsi que par leur coût, très élevé en regard de leur rendement tactique. Presque aussitôt, un mouvement se créa en faveur de leur maintien; Romands et Bernois s'y montrèrent particulièrement actifs. Une pétition, lancée par la Fédération des sociétés suisses de cavalerie, récolta en peu de temps plus de 430'000 signatures, non contrôlées toutefois. Vraisemblablement impressionné par cette vague de fond, le Conseil national, dans sa session d'automne, décida par 120 voix contre 41 le maintien de douze escadrons, comme le proposait la majorité de sa commission (CM-CN). Cette demi-victoire des partisans de la cavalerie allait être cependant anéantie à la session d'hiver par la décision surprenante du Conseil des Etats qui, réputé pourtant plus traditionaliste que la Chambre du peuple, vota par 26 voix contre 15 la suppression totale des unités de dragons en faisant prévaloir des arguments d'ordre surtout financier, tandis que le National s'était montré sensible à des considérations moins matérielles, comme la discipline indéniable de cette troupe et l'attachement sentimental de la population à «la plus belle conquête de l'homme». Quelques jours plus tard, par 91 voix contre 71, la Chambre basse revenait sur son premier vote pour se ranger au côté de la Chambre haute. Comme ce second débat le fit ressortir, les conseillers nationaux avaient constaté entre-temps que l'option énergique et réaliste du Conseil des Etats avait rencontré, la surprise passée, une approbation non déguisée dans la partie de l'opinion qui soutenait sans fracas – majorité silencieuse? – le projet du Conseil fédéral. Les tenants de la cavalerie ne l'entendirent pas de cette oreille. Un groupe d'entre eux annonça le lancement d'une initiative constitutionnelle sans clause de retrait en vue d'inscrire le maintien de la troupe montée dans la Constitution fédérale (Cst.). Entreprise qui a été jugée cependant discutable sur le triple plan juridique, politique et militaire.

Chevaux du train et mulets. Maintien dans le pays d'un nombre suffisant (MCF 11162)

A un niveau différent, les Grandes lignes (rapport: MCF 11245) proposent de porter les efforts de la défense sur trois de ses piliers traditionnels: armée, protection civile et défense économique. Concernant plus particulièrement l'armée, elles envisagent de rajeunir les bases, pourtant relativement récentes, qui la régissent: organisation des troupes de 1961 et conceptions d'engagement de 1966. Cette révision s'encadrera dans un plan décennal de défense militaire (1975–1984).

Dans l'immédiat, les autorités fédérales ont procédé et procéderont à l'aménagement d'un certain nombre de réformes, dont voici quelques-unes. Tout en dressant le bilan, largement positif – malgré des réticences et difficultés surgies çà et là – des nouveautés introduites en vertu du rapport Oswald, le chef du DMF a annoncé, entre autres, un remaniement du Livre du soldat, dans le but d'assurer une meilleure information sur la nature et la mission de l'armée. De nouveaux signes distinctifs, d'allure résolument moderne mais diversement appréciée, figureront sur l'uniforme militaire, lui-même destiné a subir quelques modifications. Un postulat Heimann (ind., ZH; Po. 11023), adopté par le Conseil des Etats, a demandé une amélioration du statut des instructeurs contraints, malgré eux, de quitter le service. Le besoin d'une formation plus poussée s'est fait sentir dans les troupes sanitaires: des soldats s'en sont ouverts au conseiller fédéral Gnägi. Les Chambres ont approuvé un arrêté fédéral sur les mesures propres à assurer la relève des jeunes pilotes et grenadiers parachutistes (MCF 11285). Elles ont en outre prorogé jusqu'en 1975 celui relatif au maintien d'un nombre suffisant de chevaux du train et de mulets aptes au service (MCF 11162).

Centre équestre et sport équestre (Mo. 11626 et 11801)

La reconversion de la cavalerie, décidée par les Chambres fin 1972 et commencée dès le début de 1973, n'a pas été acceptée sans peine par la troupe montée et les amis du cheval. Après avoir consulté la Chancellerie fédérale sur la possibilité du lancement d'une initiative populaire en faveur de son maintien, un comité romand a engagé la procédure de la collecte des signatures. Les promoteurs demandent l'inscription dans la Constitution suisse d'un article ainsi libellé: «L'armée fédérale comprend dix-huit escadrons de cavalerie.» En assemblée, les présidents des sociétés de cavalerie ont jugé discutable l'initiative – sans clause de retrait, précisons-le – et préconisé plutôt la mise sur pied d'escadrons cantonaux, tandis qu'au parlement deux motions Schnyder (udc, BE; Mo. 11626, adoptée comme postulat) et Knüsel (prd, LU; Mo. 11801, pas encore traitée) ont notamment suggéré la création d'un centre civil du cheval.

Chevaux de service et du train (Po. 11980 et 11864)

L'initiative populaire lancée en 1973 pour «ressusciter» la défunte cavalerie ayant échoué – le nombre de signatures requises ne paraît pas avoir été atteint – une autre voie est cherchée qui pourrait, à la rigueur, s'avérer plus efficace. Elle consiste dans la création d'escadrons cantonaux. En 1974, les parlements bernois et vaudois ont été saisis de l'affaire par les soins de députés des partis agrarien, libéral et radical. Si la cavalerie fédérale a disparu, les chevaux et mulets du train demeurent: deux postulats Marthaler (udc, BE; Po. 11864 et 11980) en leur faveur ont été adoptés par le Conseil national.

Chevaux de train (Po. 75.366 et 75.480)

Le maintien du cheval dans l'armée continue de faire problème. Dans le canton de Vaud, le Conseil d'Etat, qui proposait le rejet d'une motion de 1974 en faveur du maintien des dragons, a été désavoué par le Grand Conseil. La presse y a vu un coup d'épée dans l'eau. De son côté, le Conseil fédéral, constatant dans son rapport sur armée 80 (MCF 75.073) le recul incessant des effectifs chevalins, a jugé inéluctable la dissolution de certaines formations du train. Il a toutefois considéré que le cheval restait irremplaçable en montagne. Deux nouveaux postulats Thévoz (pld, VD; Po. 75.366) et Marthaler (udc, BE; Po. 75.480) ont été présentés au Conseil national en ce sens.